" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

jeudi 2 février 2017

2, Journée mondiale des zones humides: entre marais et rivière...

En haut, Busard des roseaux - Circus aeruginosus, mâle adulte (16h28)
En bas, sur la rive sud du Djeuss, les roseaux ploient sous les assauts du vent saharien (15h24)
2017 02 2, aprem' / © Photos par Frédéric Bacuez


* Marais et Djeuss au Ranch de Bango -

APREM', 15h-18h30-
A pied.
Temps: 15h, 31° (max du jour) / 16h, 30° / Ciel bleu et ensoleillé, UV 9 très fort. Vent assez fort du N/NE virant au N après 16h30 - avec levée rapide de particules poussiéreuses dans les lointains dès 15h55... 

Ci-contre: 2 février, Journée mondiale des zones humides (JMZH 2017)



Cet après-midi dans le marais bangotin, ce n'est pas le jardin d'Eden, pour cette annuelle Journée mondiale des zones humides (JMZH 2017). Le vent soutenu chargé de particules sahariennes aurait-il contraint les rallidés et les sylviidés paludicoles à rester bien à l'abri au coeur des roseaux et des herbiers du Djeuss ? Le vent souffle du nord-est avant de virer au nord et peut-être se noyer dans l'Atlantique... Les lointains prennent déjà les couleurs de l'harmattan, ocres et pastels des sables qui montent à l'assaut du ciel bleu. En altitude sous la lune, une Glaréole à collier (glareola p. pratincola) éprouve quelque difficulté à résister aux poussées orientales; elle lâche vite prise pour se laisser déporter vers le littoral, au sud-ouest. Il n'y a que les habiles voltigeurs qui peuvent affronter Éole: un mâle de Busard des roseaux (Circus aeruginosus) passe, dans un sens, puis une femelle du même rapace emblématique des marécages et des roselières, dans l'autre sens (cf. photos ci-après et en haut de notule). Les Balbuzards (Pandion haliaetus) semblent totalement indifférents à ces classiques turpitudes aériennes; il faut dire que les deux à six sujets qui survolent le périmètre ne sont fortuitement de sortie, pour la pêche du soir, qu'une fois les bourrasques retombées... 
Pour ne pas faciliter l'observation ornithologique, les marais sont envahis comme jamais par le Typha, créant des rideaux dissimulateurs, étouffant les rares massifs de massettes indigènes qui lui résistent encore. Comme si les erreurs dramatiques commises à la fin du siècle passé à l'amont du barrage de Diama n'avaient pas suffi, le Djeuss est ici maintenu au plus haut, toute l'année, collectant les eaux qui coulent lentement de toute la vallée. Il ne faut pas s'y méprendre: pas loin d'ici, le canal de décharge qui traverse la plaine alluviale pour déverser ses eaux troubles directement dans le fleuve sera tôt ou tard envahi par le maudit roseau - merci à l'Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS); on y réfléchit avec nuance et sens de la complexité des choses, là-bas, surtout quand il s'agit de zones humides: sus à la langue saline et vive le riz, partout, voilà le seul programme !

Avec le vent, tous aux abris dans la roselière !

Il faut donc tendre l'oreille, pour entendre glousser les Talèves (Porphirio madagascariensis), rouspéter les Gallinules (Gallinula chloropus), rire les Marouettes à bec jaune (Zapornia flavirostra). Juste derrière moi au pied des roseaux, il y a peut-être aussi une Marouette européenne (ou euro-africaine, pour ceux qui comprendront...); à intervalles réguliers mais avec timidité le discret rallidé tente d'affirmer son hostilité à ma présence, par de petites trilles gutturales qui ne portent pas loin... Impossible à repérer, elle est rejointe par une Rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus) qui ne fait que passer, de tige en tige, à quelques centimètres au-dessus de l'eau; et caquette sans retenue, celle-ci ! Ce sont les petites paludicoles qui souffrent des bourrasques: les deux couples locaux de Prinias aquatiques (Prinia fluviatilis) finissent par se manifester, il y en a une qui volette pour rejoindre l'intérieur de la roselière, sa longue queue agitée par le vent comme un gouvernail contraint. A la sortie du marais, une Cisticole du Nil (Cisticola marginatus ssp. amphilectus) vient d'attraper un Locuste et se faufile dans la végétation dense, sa proie bien tenue dans le bec. Dans les boisements dégradés à Prosopis (cf. photo en bas de notule), une pléthorique famille de Bengalis zébrés (amandava s. subflava): plus d'une cinquantaine d'un seul envol strident de ces estrildidés encore communs dans la vallée du fleuve Sénégal - ce qui est loin d'être le cas ailleurs dans le pays, malheureusement*.

* Lire sur Senegal Wildlife la notule de Bram Piot... qui a la délicatesse de me renvoyer la pareille: 

Le Sénégal s'active et sensibilise pour les zones humides !
Forum scientifique à la DPN de Dakar pour la JMZH, Agence de Presse Sénégalaise (APS) 2017 01 31



" Beaucoup d'habitants des roseaux et des végétations palustres 
ne trahissent leur présence que par leurs émissions vocales, 
qui sont en fait leurs signaux de reconnaissance. "

Ci-dessous:
entre les herbiers de la rivière et les roseaux du marais...
Le Djeuss au Ranch de Bango 2017 02 2 aprem' / © Photos par Frédéric Bacuez
- Cliquer sur les photos pour agrandir -
RAMSAR.org / Zone humide / Sénégal
UICN.fr/Journée mondiale des zones humides 2017/

OISEAUX / 52 espèces cochées, 8+ sp. entendues
LÉPIDOPTÈRES / 1 espèce

Vu:
  • Pélican blanc (pelecanus onocrotalusgreat white pelican), 1 ind. en vol SO>NE + 2 ind. cerclant [au-dessus de la plaine de Biffeche] + 3 ind. en vol NO>SE
  • Cormoran africain (microcarbo a. africanuslong-tailed cormorant), 1 ind. immature en vol passant [Djeuss>amont] + 1 ind. en vol
  • Gardeboeuf d'Afrique (bubulcus i. ibiscattle egret), 1 ind. en vol
  • Balbuzard pêcheur d'Eurasie (pandion h. haliaetuseurasian osprey), de deux à six sujets - 1 ind. de type mâle passe au-dessus du Djeuss tandis qu'un 1 ind. de type femelle (en mue) vole en altitude à la verticale du marais (16h+, cf. photo ci-dessous) puis 1 ind. avec poisson dans les serres [Djeuss>amont] puis 1 ind. juvénile (16h50) puis 1 ind. mâle aux couvertures très sombres (17h05) et enfin 1 ind. survolant d'abord la petite mare sous l'aire des Pygargues avant de continuer vers la cuvette rizicole de Sanar
  • Pygargue vocifère (haliaeetus vociferafrican fish-eagle), 1 ind. ad. entendu puis vu (16h) [Djeuss]
  • Milan noir (milvus m. migransblack kite), 1 ind. en vol, assez haut [par-dessus le Djeuss S>N]
  • Milan d'Afrique à bec jaune (Milan parasite, milvus aegyptius ssp. parasitus, yellow-billed kite), un maximum de 5 ind. au même moment
  • Busard des roseaux (circus a. aeruginosuswestern marsh-harrier), 1 ind. mâle ad. en vol de chasse passant au-dessus des roseaux (16h28, cf. photos ci-dessous et en haut de notule) [Djeuss>aval] + 1 ind. femelle en vol passant inverse (16h48) (cf. photo ci-dessous) [Djeuss>amont]
  • Francolin à double éperon (pternistis b. bicalcaratusdouble-spurred francolin), 2 ind. + 2 ind.
  • Jacana à poitrine dorée (actophilornis africanusafrican jacana), 2 ind. ad. nageant ou 'marchant sur l'eau' d'une anse du Djeuss, rejoints de temps à autre par un ind. immature depuis le marais [du Ranch de Bango] + 1 ind. ad. sur la rive nord [du Djeuss]
  • Oedicnème du Sénégal (burhinus senegalensisSenegal thick-knee), 4 ind. en sous-bois à Prosopis + ind. entendu(s) vers le Djeuss
  • Glaréole à collier (glareola p. pratincolacollared pratincole), 1 ind. ad. en altitude, poussée par le vent fort !
  • Vanneau éperonné (vanellus spinosusspur-winged lapwing), 2 ind. [près du bosquet des grands eucalyptus] + quelques ind. ici et là [boisements clairs à Prosopis]
  • Goéland railleur (chroicocephalus geneislender-billed gull), 4 ind. ensemble [Djeuss]
  • Sterne caspienne (hydroprogne caspiacaspian tern), 3 ind. au total [Djeuss]
  • Sterne hansel (gelochelidon n. niloticagull-billed tern), 1 à 2 ind. en plumage nuptial [Djeuss]
  • Sterne caugek (thalasseus sandvicensis, Sandwich tern), 3 ind. au total [Djeuss]
  • Guifette moustac (chlidonias h. hybridawhiskered tern), 2 à 3 ind. au total (cf. photo ci-dessous) [Djeuss]
  • Guifette noire (chlidonias n. nigerblack tern), 2 ind. en vol passant [Djeuss>amont]
  • Tourtelette d'Abyssinie (turtur abyssinicusblack-billed wood-dove), 1 ind. femelle glane au sol [bosquet des grands eucalyptus] + 1 et 1 ind., mâles [boisements clairs à Prosopis]
  • Tourterelle masquée (Tourterelle à masque de fer, oena c. capensisNamaqua dove), 3 ind. en vol + 1+ ind. [boisements clairs sur sols sablonneux]
  • Tourterelle maillée (spilopelia/streptopelia s. senegalensislaughing dove)
  • Pigeon roussard (de Guinée, columba guineaspeckled pigeon), passant plutôt seuls (max quatre sujets) à partir de 15h55: au moins 25 ind. au total
  • Tourterelle pleureuse (streptopelia decipiens ssp. shelleyi, -Nigermourning collared-dove), 1 ind. au sol [chenal] + 1 ind. avec deux Maillées [boisements clairs à Prosopis]
  • Perruche à collier (psittacula k. kramerirose-ringed parakeet)
  • Touraco gris (crinifer piscatorwestern grey plantain-eater), entendu puis 1 ind. vu 
  • Coucal du Sénégal (centropus s. senegalensisSenegal coucal), 1 ind. dans le bosquet des grands eucalyptus riverains [du Djeuss]
  • Martinet des maisons d'Afrique de l'ouest (apus affinis ssp. aerobateswest african little swift), ~8 ind. chassent à la verticale de la berge nord [du Djeuss]
  • Martinet des palmes (cypsiurus p. parvusafrican palm swift), 2 ind. chassant à la verticale du marais [du Ranch de Bango]
  • Martin-pêcheur pie (ceryle r. rudispied kingfisher), 1 ind. en vol passant [Djeuss]
  • Guêpier nain (merops p. pusilluslittle bee-eater), 2 ind. [rives à roseaux du Djeuss] + 2 ind. [marais à végétation sèche] + 1 ind. [près du bosquet des grands eucalyptus] + 2 et 1 ind. [ruines] + 1+ ind. [boisements clairs à Prosopis]
  • Coliou huppé (à nuque bleue, 'oiseau-souris', urocolius m. macrourusblue-naped mousebird), 2 ind. perchés [chenal] + ~6 ind. en vol [boisements clairs à Prosopis]
  • Huppe fasciée d'Eurasie (upupa e. epopseurasian hoopoe), 1 ind. [boisements à Prosopis sur sols sablonneux]
  • Calao occidental (à bec rouge, tockus kempiwestern red-billed hornbill), 2 ind. vus et 1 ind. entendu [bosquet des grands eucalyptus] + 1 ind. au milieu de centaines de Moineaux dorés + 1 et 1 ind. + 5+ ind. ensemble [boisements clairs]
  • Cochevis huppé du Sénégal (galerida cristata ssp. senegallensis, -Senegalcrested lark), 2 + 1 ind. en vol sans doute pour aller boire
  • Hirondelle de rivage (riparia r. ripariacommon sand martin), 3 + 1  ind. 
  • Hirondelle rustique (hirundo r. rusticabarn swallow), 1 ind. en vol passant >N (16h55) [par dessus le Djeuss]
  • Bergeronnette printanière (motacilla f. flavablue-headed wagtail), 1 ind. sur le chemin [près du Ranch]
  • Passereau(x) sp. indéterminée(s), 1 + 1 en vol 
  • Traquet motteux (oenanthe o. oenanthenorthern wheatear), 1 ind.
  • Rousserolle effarvatte (acrocephalus scirpaceus, eurasian reed-warbler), 1 ind. mécontent, près de mon affût [roselière du marais, Ranch de Bango]
  • Camaroptère à dos gris (camaroptera b. brevicaudatagrey-backed camaroptera), 1 ind. couine...
  • Cisticole (roussâtre) du Nil (cisticola -galactotes- marginatus ssp. amphilectuswinding cisticola), 1 ind. ad. en plumage internuptial avec dans le bec un Locuste
  • Prinia aquatique (à ventre blanc, prinia fluviatilisriver prinia), deux cc locaux entendus - dont un sujet vu en vol [marais]
  • Souïmanga à longue queue (cinnyris p. pulchellusbeautiful sunbird), dont mâle ad. en plumage prénuptial poursuivant une femelle
  • Choucador à oreillons bleus (lamprotornis c. chalybaeusgreater blue-eared glossy-starling), 20+ ind. en vol groupé + 6 + 12 + 2 + 2 ind. en vol passant
  • Moineau doré (passer luteusSudan golden sparrow), 1 ind. mâle nuptial en vol seul [marais] puis centaines d'ind. au sol, dont de nombreux mâles en plumage nuptial, en train d'égrener... [boisements clairs à Prosopis]
  • Tisserin à tête noire (ploceus melanocephalus ssp., black-headed weaver)
  • Travailleur à bec rouge (quelea queleared-billed quelea), plusieurs groupes d'importance en train de glaner au sol [surtout en boisements clairs à Prosopis]
  • Euplecte sp. (euplectes sp., bishop sp.), 1 ind. en vol
  • Amarante (commun) à bec rouge (du Sénégal, lagonosticta s. senegalared-billed firefinch), quatre groupes familiaux au total - dont un avec jeunes oiseaux + 3+ ind. [boisements clairs à Prosopis]
  • Bengali zébré (amandava s. subflavazebra waxbill), 8+ ind. vont boire (16h+) [bord du Djeuss] + ~6 ind. se posant pour aller boire [marais] + troupe de ~50 ind. ! [boisements clairs à Prosopis]

Entendu:
Rallidés sp. / Talève d'Afrique (porphirio madagascariensis, african swamphen) / Gallinule poule-d'eau (gallinula chloropus, common moorhen) / Marouette à bec jaune (Râle à bec jaune, zapornia flavirostrablack crake) / Barbion à front jaune (pogoniulus c. chrysoconusyellow-fronted tinkerbird), 1 ind. / Barbican de Vieillot (lybius vieilloti ssp. rubescenswest african Vieillot's barbet), 1 ind. / Bulbul des jardins (pycnonotus barbatus ssp. inornatusgarden bulbul) / Phragmite des joncs (acrocephalus schoenobaenus, sedge warbler) / Tisserin gendarme de l'ouest (ploceus c. cucullatuswestern village weaver) /

Et les castagnettes orales des batraciens...

AUTRES:
  • (petit) Monarque d'Afrique (danaus chrysippus ssp. chrysippuscommon plain tigerlesser wandererqueen butterfly, 'african queen'), au minimum 3 ind.
Ci-dessous, de haut en bas et de g. à d.:
Mâle de Busard des roseaux - Circus a. aeruginosus (16h28)
Balbuzard pêcheur - Pandion haliaetus  (16h06) / Guifette moustac - Chlidonias hybrida (16h33) / Femelle de Busard des roseaux - Circus a. aeruginosus (16h48)
2017 02 2 aprem' /  © Photos par Frédéric Bacuez

Ci-dessous:
boisements clairs à Prosopis colons dans les environs du Ranch de Bango
2017 02 2, 18h18 / © Photo par Frédéric Bacuez


* Pont Faidherbe, Saint-Louis-du-Sénégal -
MATIN-

Entre autres:
  • Chevalier guignette (actitis hypoleucoscommon sandpiper), 1 + 1 ind., sur la berge à chaque bout du pont...
  • Perruche à collier (psittacula k. kramerirose-ringed parakeet), 1 ind. en vol au-dessus de la passerelle aval [île>continent]

18, Gorgebleue à miroir et Locustelle tachetée - des paludicoles dans le bas-delta sénégalais

Ci-dessus:
en haut, Gorgebleue à miroir blanc - Luscinia svecica ssp. cyanecula (9h40)
en bas, Locustelle tachetée - Locustella naevia ssp. naevia (9h59)
Marais de Toddé 2016 12 18 matin / © Photos par Frédéric Bacuez

* Marais de Toddé -
MATIN-

Une Gorgebleue à miroir blanc et une Locustelle tachetée !

Marcher lentement et sans bruit au plus près du marais. Parmi les nombreux passereaux dits paludicoles (cf. liste ci-après) qui alarment, montrent la tête une fraction de seconde avant de se faufiler et disparaître dans la végétation (massettes, carex, typhas), les afrotropicales Cisticoles des joncs du Nil (Cisticola marginatus ssp. amphilectus [amphilectus], Winding Cisticola) et les paléarctiques Phragmites des joncs (Acrocephalus schoenobaenusSedge Warbler) forment les bataillons (sic) les plus fournis. Viennent ensuite, à moins qu'elle ne soient encore plus fugaces que les autres, les Rousserolles effarvattes (Acrocephalus scirpaceus ssp., European/Mediterranean Reed-Warbler), qui s'échinent à ne pas perdre le contact sous les caquètements conquérants des Phragmites... Il faut dire que ces dernières sont les premières paludicoles du Paléarctique à aborder le Sénégal pour l'hiver, précédant d'un mois ("dès le 19 août", pour Morel et al.) les Rousserolles effarvattes - elles ont donc réquisitionné les meilleurs territoires, et le font bien savoir ! J'ai aussi le bonheur d'observer, aujourd'hui dans de relatives bonnes conditions, deux espèces particulièrement discrètes: un jeune mâle de 1er hiver de Gorgebleue à miroir blanc (Luscinia svecica ssp. cyaneculaWhite-spotted Bluethroath, cf. photos ci-dessous et en haut de notule) et une Locustelle tachetée (Locustella naevia ssp. naevia, Western/Common Grashopper-Warbler, cf. photos ci-dessous et en haut de notule), aussi intéressées par ma présence que je suis surexcité par leur précaire visibilité.

C'est probablement une année à paludicoles, au Sahel... Depuis la mi-novembre, nous apercevons au moins une Gorgebleue à miroir à chaque inspection du marais ! Gorgebleue et Locustelle sont, comme nombre de passereaux aquatiques, des espèces soumises "à des fluctuations souvent importantes d'une année à l'autre."

Deux espèces de Locustelles hivernent dans l'ouest-africain...

Théoriquement, la Locustelle tachetée est moins observable dans notre bas-delta que sa cousine la Locustelle luscinioïde (Locustella luscinioides ssp. luscinioides). Selon Morel et Roux, qui ont été des premiers (1959-1961) à documenter la présence hivernale de ces paludicoles dans l'ouest africain, la Tachetée était supposée n'être que de passage, surtout lors de sa migration prénuptiale, avec des coches printanières du coté de Richard-Toll, "du 6 mars au 13 mai", mais "une seule donnée" pour la descente postnuptiale, un "9 octobre. L'hivernage reste à découvrir." Le stationnement hivernal de la Luscinioïde était en revanche déjà confirmée, avec des captures "du 11 décembre au 23 février" s'ajoutant à la première donnée du "17 mars 1961"... Notre observation (avec photographies, cf. ci-dessous et en haut de notule) de ce 18 décembre 2016 ne laisse aucun doute, dès lors que les conditions le permettent, quant au stationnement hivernal dans la vallée du fleuve Sénégal de la Locustelle tachetée, plus souple dans ses choix d'habitats que la Locustelle luscinioïde, cette dernière étant exclusivement inféodée aux roselières (y compris à Typha), même sur ses sites d'hivernage.

" L’extrême discrétion de l'espèce 
en fait l'un des plus énigmatiques des sylviidés européens. "

Des Gorgebleues à miroir, roux ou... blanc...

Il en a fallu, du temps, pour que l'hivernage de la Gorgebleue au sud du Sahara soit accepté par nos plus hautes vigilances scientifiques. Et ce, malgré les coches d'Heim de Balsac dès 1949 suivies de celles des Morel, Roux et consort pendant les quinze années qui suivent sa première mention documentée... C'est dire que l'oiseau, pourtant le plus coloré de tous les paludicoles, est aussi un petit cachottier, de ses atours, il est vrai moins somptueux que pendant la reproduction (cf. peinture ci-dessous), comme de ses mœurs hivernales. Deux sous-espèces du 'Rossignol suédois' hivernent au sud du Sahara dans la bande sahélo-soudanienne, de l'Atlantique à la Mer rouge: la race nordique svecica svecica dite à miroir roux est normalement la moins rare ("uncommon to locally fairly common Palearctic visitor, north Senegal mainly mid September-April", in Borrow-Demey, cf. peinture ci-dessous) tandis que la race ouest-européenne svecica cyanecula dite à miroir blanc, résidente de latitudes plus tempérées que sa parente scandinave, ne franchit le Sahara qu'à l'occasion de rigueurs hivernales plus prononcées qu'à l'accoutumée ("rare, in North Senegal", in Borrow-Demey). Je suis donc doublement chanceux, ce matin: d'abord de pouvoir observer une Gorgebleue perchée et attentive, avec quelques minutes pour la photographier, la suivre et la revoir une seconde fois, toujours aussi 'joueuse' avec mes nerfs; et de cocher un exemplaire d'une race réputée hivernante rare au sud du Sahara ! C'est d'ailleurs un mâle de première année civile (1ère AC), une explication à sa curiosité bienveillante; la peur de l'Homme ne tardera pas, il en ira de sa survie que de n'avoir aucune confiance en mon espèce mortifère ! A croire que la Gorgebleue à miroir blanc est moins craintive que sa cousine de Fennoscandie: depuis 2012, c'est la seconde fois que la Cyanecula daigne se montrer dans de bonnes conditions ! La dernière fois que j'ai eu le temps d'identifier la couleur du petit miroir sous le cou, c'était dans la plaine de crue du fleuve Sénégal, un sujet mâle adulte, un 2 décembre...

Des deux races de Gorgebleues à miroir 
- roux, Luscinia svecica svecica & blanc, svecica cyanecula  
qui peuvent hiverner au sud du Sahara,
la Gorge blanche d'Europe occidentale est la plus rare, ici
- c'est mon jour de chance: 
ce jeune mâle de 1ère année civile en est !

Gorgebleues à miroir roux, adultes
Aquarelle et gouache 21 x 23,5 cm, 1967 / Par Paul-André Robert (1901-1977)


Locustelle tachetéeLocustella naevia ssp. naevia
De la Haute-Savoie aux Trois-Marigots, 
du plateau de Samance (France) au marais de Toddé (Sénégal)

Ci-dessous:
à g., Locustelle tachetée sur le plateau de Samance (1550 m) 2013 08 30, 15h / © Photo par Frédéric Bacuez pour LPO-74
à d., Locustelle tachetée au marais de Toddé 2016 12 18, 10h / © Photo par Frédéric Bacuez
- Cliquer sur les photos pour agrandir -

Gorgebleue à miroir blanc - Luscinia svecica ssp. cyanecula, mâle de 1er hiver
Marais de Toddé 2016 12 18, 9h40 / © Photo par Frédéric Bacuez

Quatorze espèces et sous-espèces de passereaux paludicoles... 
- si ce n'est pas une raison pour sauver les marais bas-deltaïques !?

Pas moins de neuf (9) espèces et sous-espèces de passereaux paludicoles du Paléarctique peuvent hiverner au sud du Sahara, notamment dans la vallée du fleuve Sénégal ! Et cinq (5) espèces afrotropicales, auxquelles on peut adjoindre deux (2) passereaux utilisant aussi les roseaux, complètent cette impressionnante liste (cf. ci-après)... Le bas-delta à l'aval du lac de Guier est la région humide de SénéGambie voire de toute l'Afrique occidentale sahélo-soudanienne qui accueille le plus grand nombre d'espèces et sous-espèces de passereaux paludicoles ! Au premier rang desquels le plus rare des petits oiseaux d'Europe (Pologne, Bélarus, Ukraine, Lithuanie), la Phragmite aquatique (Acrocephalus paludica), dont les trois-quarts des effectifs hivernants ont été découverts à partir de 2007, pour le moment quasi exclusivement sur les marges du Djoudj (PNOD, Sénégal), ainsi qu'à quelques unités sur des tamourts de Mauritanie et des bourgoutières du Mali*.
La liste ci-après démontre à l'envi combien la basse vallée du fleuve Sénégal, tant du coté sénégalais que du bord mauritanien, est d'une importance cruciale pour la bonne santé des populations de ces oiseaux si particuliers, à l'avenir plus qu'aléatoire tant il est tributaire de la pérennité des marais et roselières qui peuvent les accueillir. Ici comme là-bas. Hélas, ici on adore les slogans et l'onirisme (Rire ICI ou Rire LA): les urbains soliloquent, séminarisent et perdiémisent, leurs "braves" "masses" toujours plus nombreuses continuent de vivre (ou survivre) en invétérées prédatrices de leur environnement, et les gros 'développeurs' Blancs ont commencé à s'installer sur les rives des marigots et des rivières pour pomper, pomper, pomper, arroser à douches ininterrompues leurs cultures d'exportation et rejeter où bon s'en vont leurs chimies agricoles... Comme l'écrit Bram Piot dans la dernière livraison de Senegal Wildlife: "Il n'y a qu'à se rendre dans le delta du Sénégal pour se rendre compte de ce désastre environnemental" en cours et à venir. Dans l'indifférence générale et le 'Y a qu'à' des bonnes âmes positivistes (ou cyniques). Pas de pitié: de tous les milieux naturels, le marais a toujours été, partout, le plus méprisé, considéré comme le plus "inutile", donc le plus détruit. Pourquoi cela changerait-il ? Les Hommes ont-ils évolué ? ça se vérifierait, sur le terrain... Encore faut-il y aller, sur le terrain...


Passereaux paludicoles, 
espèces et sous-espèces dans le bas-delta et la vallée du fleuve Sénégal:

  • Gorgebleue à miroir blanc (Luscinia svecica ssp. cyaneculaWhite-spotted Bluethroath)
  • Gorgebleue à miroir roux (Luscinia svecica ssp. svecica, Northern Bluethroat)
  • Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus, Sedge Warbler)
  • Phragmite aquatique (Acrocephalus paludica, Aquatic Warbler - Vulnerable/VU-Vulnérablesur la Liste rouge de l'UICN des espèces menacées de disparition)
  • Rousserolle effarvatte 'des scirpes' (Acrocephalus scirpaceus ssp. scirpaceusEuropean Reed-Warbler)*
  • Rousserolle effarvatte 'ambiguë' (Acrocephalus scirpaceus ssp. ambiguus, 'mediterranean' Reed-Warbler)*
  • Rousserolle africaine (Acrocephalus - scirpaceus - baeticatus ssp. guiersi, -westernAfrican Reed-Warbler)
  • Rousserolle des cannes (Acrocephalus rufescens ssp. senegalensisGreater Swamp-Warbler)
  • Rousserolle turdoïde (Acrocephalus arundinaceus ssp. arundinaceusGreat Reed-Warbler)
  • Locustelle tachetée (Locustella naevia ssp. naevia, Common/Western/European Grass-Hopper Warbler)
  • Locustelle luscinioïde (Locustella luscinioides ssp. luscinioides, Western Savi's Warbler)
  • Cisticole roussâtre du Nil (Cisticola marginatus ssp. amphilectus [amphilectus], Winding Cisticola)
  • Cisticole des joncs du Nigeria (Cisticola juncidis ssp. uropygialis [uropygialis], Nigerian Fan-tailed Cisticola)
  • Prinia aquatique (Prinia fluviatilis, River Prinia)

  • Gobemouche des marais (Muscicapa aquatica ssp. aquatica, Swamp Alceonax/Flycatcher)
  • Tarier pâtre d'Afrique (Saxicola torquatus ssp. moptanus, -western- African Stonechat)

Lire:
Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica)in Migraction.net
Locustelle tachetée (Locustella naevia), in Cahiers d'habitat 'Oiseaux' - MEEDDAT-MNHN
* Sur Ornithondar:


Ci-dessous:
à g., Phragmite des joncs - Acrocephalus schoenobaenus - à d., Rousserolle effarvatte - Acrocephalus scirpaceus ssp.
Marais de Toddé 2016 12 18, 9h06 et 10h / © Photos par Frédéric Bacuez
- Cliquer sur les photos pour agrandir -

dimanche 29 janvier 2017

25, hippopotamus amphibius: les dames du fleuve froufrous par-dessus tête, c'est carnaval !

Hippopotame amphibie - Hippopotamus amphibius, femelle adulte avec froufrous sur le museau !
Devant la grande typhaie de Sanar sur le Djeuss 2017 01 25, 17h36 / © Photo par Frédéric Bacuez

* Djeuss et N'Galam, de Bango au pont de Mboubeune -

SOIR, 16h45-19h30-
En pirogue à moteur barrée par Samba S.
Avec Loïc & Julie, et Abdoulaye S.
Temps: beau et ensoleillé, ciel bleu sans particules, vent du NO, ~25° avec rapide rafraîchissement après le coucher du soleil (18h30-19h)


Ci-contre: vol de Spatules blanches (Platalea leucorodia) dans le couchant
Sur le Djeuss 2017 01 25, 18h53 / © Photo par Frédéric Bacuez


Ce soir, une nouvelle visite palpitante à la paire d'Hippopotames qui se tient depuis un quart de siècle à la confluence du Djeuss et du N'Galam, les deux seuls mastodontes dans toute la moitié septentrionale du Sénégal ! Non seulement nous n'avons pas eu besoin de chercher, en vain, et de rentrer bredouille, quelque peu déçus, mais les dames du fleuve étaient immédiatement là où on a toujours pu les apercevoir, depuis huit ans que nous faisons régulièrement cette sortie... Les pachydermes nagent devant la vaste typhaie de Sanar, émergeant à peine des roseaux pour le grand bain du soir ! Samba approche au plus près les Artiodactyles, coupe le moteur mais remet les gaz dès que les hippos plongent trop longtemps... La pirogue s'éloigne un peu, c'est préférable, fait des ronds dans l'eau, au milieu de la rivière, avant de revenir lentement, le ronronnement du moteur au plus bas. On connaît les bestiaux, parmi les plus dangereux* mammifères qui existent sur le continent, imprévisibles, souples et rapides à se mouvoir. En cette fin d'après-midi, les hippopotames barbotent l'un derrière l'autre, le second s'appuyant parfois sur la croupe du premier pour mieux nous observer. Ils plongent et réapparaissent à quelques secondes d'intervalles, soulevant des gerbes d'eau comme des baleines, ou des plantes aquatiques... Les fougères qui leur couvrent alors le museau, le front et le cou sont comme des frous-frous dont les belles se seraient dévêtues sous l'eau (cf. photo ci-après) ! Pour notre plus grand plaisir voyeur !


" Le duo d'Hippopotames amphibies (hippopotamus amphibiushippopotamus) qui a élu domicile à la confluence des rivières Djeuss et Ngalam se tient comme souvent en lisière de la grande typhaie qui lui sert de repaire, devant Sanar, sur fond de tour de l'université Gaston Berger... Ces hippopotames, les seuls au nord du Sénégal, sont très probablement deux femelles: une mère adulte maintenant âgée de trente à quarante ans et son petit, également une femelle, d'un quart de siècle - sachant que les Hippos ont une longévité de 40 à 50 années, cette dernière est donc à la moitié de sa vie... de vieille fille... Les canines et incisives me paraissent en effet relativement petites pour être celles de mâles; chez eux, elles débordent souvent des lèvres inférieures. La rumeur veut qu'à l'origine, au début des années '90 du siècle passé, il y avait trois hippopotames; possible. Cependant, si ces hippos sont bel et bien arrivés il y a vingt-cinq ans, l'errance qui les a menés de la Falémé ou des confins maliens jusqu'au Djeuss de Sanar-Bango n'est pas le fait du (seul) hasard: chez les hippopotames, toute cellule familiale à l'origine d'un nouveau noyau (de 5 à 30 individus, en moyenne) est fondée par une femelle, qui peut abandonner son groupe originel extrêmement hiérarchisé, et dans lequel chaque membre doit violemment tenir son rang. Si en effet la femelle n'y trouve plus sa place, elle le quitte, accompagnée de un à quatre de ses rejetons successifs pour réinventer plus loin une nouvelle cellule familiale, seule unité sociale stable chez ces pachydermes... Le nomadisme de la mère peut parfois durer, et dans le cas des hippopotames du bas-delta sénégalais, on les a vus dans la dernière décennie du siècle passé, passer à Guidakhar, sur le fleuve Sénégal entre Dagana et Richard-Toll, traîner aussi dans la passe de Thiolet et même aux abords du pont Faidherbe de Saint-Louis avant qu'ils n'élisent domicile au large de Sanar. L'eau pérenne, en quantité, la hauteur et le débit relativement stables de la rivière, la faiblesse des courants, leur permet de passer la journée complète bien immergés (il faut impérativement protéger sa peau des rayons ardents du soleil !), avec possibilité de poser les pieds sur certains fonds vaseux tout en gardant la tête hors de l'eau. L'environnement immédiat n'est pas défavorable: berges basses, quelques bancs sableux, notamment devant le lodge Thioubalo du Ranch de Bango (où ils aiment à paître, la nuit), et la présence sécurisante d'une grande île à la jonction du Ngalam et du Djeuss. Les rives sud de l'île, coté Ngalam, sont aisées d'accès, peu colonisées par les massettes. Les berges nord du Djeuss, aussi, notamment à hauteur des rizières de Mboubeune, permettent l'accès à de jolies prairies riveraines, dont les pelouses rases sont visiblement très fréquentées par les mastodontes. La prolifération des typhas australis n'est théoriquement pas de leur préférence mais l'immense roselière de cette espèce envahissante devant l'Université Gaston Berger de Sanar semble leur procurer un abri efficace, pour le repos diurne et en cas de danger ou de dérangements. Un abri mais pas un garde-manger: les hippopotames ne goûtent pas les joncs et autres typhacées, leur préférant les graminées rampantes des étroites prairies riveraines du Djeuss ou du Ngalam, voire parfois jusqu'au Lampsar. Et si le domaine vital diurne des hippos se réduit aux eaux de la rivière, la nuit peut les amener vers des pâturages loin de leur refuge aquatique. S'il est rare que nos artiodactyles descendent le Djeuss au delà des herbiers du Thioubalo, au Ranch de Bango, il arrive qu'en fin de saison pluvieuse alors que la crue du fleuve Sénégal charrie limons et eau douce de l'amont, les deux filles franchissent la digue qui préserve le Djeuss des remontées salines pour quelques escapades devant le village et la caserne de Bango, voire dans la passe de Thiolet. Ces promenades restent exceptionnelles, ici dans cette drôle de prison à ciel ouvert - au Gabon, les hippopotames peuvent être côtiers, et même insulaires aux Bijagos (Guinée Bissau) ou à Mafia (Tanzanie); la salinité n'est donc pas rédhibitoire... Lorsque l'hiver tropicalisé est frisquet, comme cette année [2016-2017, ndlr.], les filles viennent aussi barboter devant les maisons bangotines, allez savoir pourquoi, et y pousser une gueulante à réveiller les morts, et les chiens ! Il ne reste plus à nos deux hippopotames esseulées qu'à ahaner pour que vienne, inch'Allah un jour, le compagnon qui fera prospérer la petite communauté des 'chevaux du fleuve'. Donner chair à la déesse mythique des flots, Coumba Bang; et faire oublier la disparition, en 1992 vers Thiong, du dernier lamantin du bas delta...  On a le droit de rêver ! Depuis que j'écris sur ces pov' bêtes, je sens monter une mobilisation populaire et citoyenne pour exiger l'importation d'un joli garçon de la Falémé pour non seulement faire prospérer l'espèce mais aussi enrichir en nutriments le fleuve, et donc faire proliférer le poisson, et les activités piscicole et touristique du même coup: que des avantages ! Le Ministère va se bouger le cul, on n'en doute pas ! Vite un colloque et une demande de "partenariat" ! "
- Frédéric Bacuez, à partir de 'Les hippos, Coumba Bang visibles du Djeuss'in Ornithondar 2009 06 12

Quelques notules d'Ornithondar:
Les monstres du Loch Djeuss étaient au rendez-vous, 2016 03 7
Pas d'hippo, mais la famille des pygargues au grand complet, 2016 04 10
Le vieux pêcheur culbuté par les hippos noctambules !, 2010 06 7

Bis repetita...
A Bango, les hippopotames ?
Ils dansent, évidemment ! "
- Richard Bohringer, in 'C'est beau une ville, la nuit' (2005)

ci-dessous:
'Nos' deux Hippopotames amphibies - Hippopotamus amphibius
à la confluence du Djeuss et du N'Galam
2017 01 25 fin d'aprem' / © Photos par Frédéric Bacuez


" Frou-frou, frou-frou
Par son jupon la femme
Frou-frou, frou-frou
De l'homme trouble l'âme
Frou-frou, frou-frou
Certainement la femme
Séduit surtout
Par son gentil frou-frou
(...)
En culotte, me direz-vous
On est bien mieux à bicyclette
Mais moi je dis que sans frous-frous
Une femme n'est pas complète
Lorsqu'on la voit se retrousser
Son cotillon vous ensorcelle
Son frou-frou, c'est comme un bruit d'aile
Qui passe et vient vous caresser
(Refrain) "
- Hector Monréal (1839-1910) & Henri Blondeau (1841-1925)
Chanté pour la première fois par Juliette Méaly, le 31 octobre 1897


ci-dessus:
'Nos' deux Hippopotames amphibies - Hippopotamus amphibius
à la confluence du Djeuss et du N'Galam
2017 01 25 fin d'aprem' / © Photos par Frédéric Bacuez


Un Flamant nain solitaire nageant à la confluence

A quelques encablures des deux Hippopotames et à la jonction des deux rivières, comme c'est singulier ! Il y a un Flamant nain (phoeniconaias minor) qui nage en eau profonde, tout seul. Loin des milieux qui sont le sien: les lagons saumâtres ! On ne peut pas avoir plus d'eau douce qu'ici, à la confluence du Djeuss et du N'Galam ! A plusieurs reprises l'échassier s'envole alors que nous manœuvrons pour approcher les mastodontes, pour un tour du plan d'eau, au ras des eaux, avant d'amerrir quasiment à chaque fois au même endroit. Cet oiseau a un problème, c'est évident: derniers jours d'une vie, blessure invisible à l’œil nu, ou maladie... La grippe aviaire ? Elle est virulente en Afrique orientale, cette année... En rappel, le Flamant nain est inscrit à la Liste rouge de l'UICN des espèces menacées de disparition. En Afrique occidentale, l'oiseau ne se reproduit qu'en Mauritanie, dans l'Aftout es saheli, au nord du parc national du Diawling (PND); d'importants effectifs, atteignant parfois dix mille (10 000) oiseaux, fréquentent en hiver le Grand Lac de notre parc national des oiseaux du Djoudj (PNOD).

Offrandes ornithologiques - et autre...

Quelques offrandes ornithologiques, ce soir: un mâle de Tarier pâtre d'Afrique (saxicola torquatus) de la race très localisée moptana, chasse les insectes dans les herbiers riverains du Djeuss; j'explique à mes visiteurs que ce splendide passereau afrotropical est une coche que les ornithologues recherchent volontiers, en Afrique de l'ouest: on ne le rencontre qu'en de rares et propices endroits humides, dans la région. Pas le temps en revanche d'observer la Gorgebleue à miroir (luscinia svecica) qui traverse l'étroit chenal qui relie le N'Galam au Djeuss; quelques secondes pour identifier le djizz et la croupe rousse de cette autre beauté, un paludicole paléarctique hivernant a priori plus abondant dans le bas-delta en 2016-2017 que les années passées - l'hiver rigoureux au nord du Sahara ? Immanquable, cette fois, mais aussi soudain que trop proche pour être photographié, le passage comme un missile d'un Faucon pèlerin (falco peregrinus), l'un des deux sujets qui hivernent depuis des années dans la zone et reposent sur la tour de l'Université à Sanar... Le plus rapide des rapaces au monde passe à quelques mètres de nous, scotchés dans la pirogue ! A portée de mains, il longe notre esquif, le regard tourné vers la berge de l'île: quelques colombidés sont en vol et le falconidé a tôt fait de les rattraper par derrière ! On ne sait s'il réussit son coup, attraper et tuer au vol un Pigeon roussard (columba guinea) ou une Tourterelle pleureuse (streptopelia decipiens), nous sommes trop loin pour voir plumes et duvets voltiger... Au retour, c'est un Elanion blanc (elanus c. caeruleusqui dans la moire crépusculaire traîne une longue tige de typha accrochée aux serres refermées sur quelque matériau ou proie... Pour finir, ce n'est pas un oiseau mais un extra-ordinaire chiroptère, en l'occurrence un Mégaderme à ailes orangées (lavia frons) qui traverse la rivière au fil de l'eau, à la proue de notre pirogue comme un gros papillon malhabile. Image furtive dans les violents coloris fugaces d'une fraîche soirée tropicale qui commence...


Ci-dessous:
Flamant nain - Phoeniconaias minor, un sujet solitaire à la confluence du Djeuss et du N'Galam
2017 01 25, 17h26 / © Photo par Frédéric Bacuez



OISEAUX / 49 espèces cochées
MAMMIFÈRES / 2 espèces cochées

Vu:
  • Hippopotame amphibie (hippopotamus amphibiushippopotamus), 2 ind. - mère et fille... (cf. photos ci-dessus et en haut de notule) [devant la grande typhaie de Sanar]
  • Mégaderme à ailes orangées (lavia fronsyellow-winged bat), 1 ind. à ~19h25, voletant au ras de l'eau du Djeuss bangotin

OISEAUX:
  • Pélican blanc (pelecanus onocrotalusgreat white pelican), 1 ind. immature en vol solitaire 
  • Grand cormoran à poitrine blanche (phalacrocorax l. luciduswhite-breasted cormorant), 1 ind. sur son poteau cimenté habituel [Djeuss bangotin]
  • Cormoran africain (microcarbo africanus, long-tailed cormorant), quelques ind. en vol
  • Anhinga (roux) d'Afrique (anhinga rufaafrican darter), 3 à 4 ind. (cf. photo en bas de notule)
  • Bihoreau gris (nycticorax n. nycticoraxblack-crowned night-heron), 1 + 1 + 1 ind. en vol du crépuscule [Djeuss>amont] + 1 ind. sur poteau, au crépuscule [devant la station de pompage d'eau de Bango]
  • Crabier chevelu (ardeola ralloides, squacco heron), plusieurs ind. dans les herbiers riverains des deux rivières, parfois par paire (cf. photos en bas de notule)
  • Aigrette à gorge blanche (egretta g. gularis, western reef egret), 1 + 1 ind. en vol
  • Aigrette garzette (egretta garzettalittle egret), 1 ind. en train de pêcher, au crépuscule [Djeuss]
  • Héron pourpré (ardea purpureapurple heron), quelques ind. dont des juvéniles/immatures
  • Spatule blanche (d'Europeplatalea l. leucorodiaeurasian spoonbill), vol de 8 ind. en file indienne, au coucher de soleil (cf. photo ci-dessus en médaillon) [Djeuss>Mboubeune]
  • Flamant nain (phoeniconaias minorlesser flamingo - Near threatened/NR-Quasi menacésur la Liste rouge de l'UICN des espèces menacées de disparition), 1 ind. solitaire nageant à la confluence du Djeuss et du N'Galam, s'envolant, tournoyant et se reposant dans l'eau profonde... (cf. photo ci-dessus)
  • Dendrocygne veuf (dendrocygna viduatawhite-faced whistling duck), passée du soir - en quatre groupes d'importance très moyenne [Djeuss>N'Galam aval-amont]
  • Balbuzard pêcheur (pandion haliaetusosprey), 3 à 5 ind. - dont trois sujets se (pour)suivant au crépuscule
  • Pygargue vocifère (haliaeetus vociferafrican fish eagle), 2 ind. [N'Galam] + 1 ind. en vol crépusculaire [Djeuss]
  • Elanion blanc (elanus c. caeruleusblack-shouldered kite), 1 ind. en vol crépusculaire transportant quelque chose dans les serres et une longue tige de typha avec ! [Djeuss>N'Galam]
  • Milan noir (milvus m. migransblack kite), 1+ ind. [venant des casiers rizicoles]
  • Milan d'Afrique à bec jaune (Milan parasite, milvus aegyptius ssp. parasitus, yellow-billed kite), quelques ind. intéressés par notre pirogue...
  • Busard des roseaux (circus aeruginosuswestern marsh harrier), ~5 ind. dont un mâle ad. (cf. photo en bas de notule) et une femelle juvénile
  • Faucon pèlerin (falco peregrinus ssp., peregrine falcon ssp.), 1 ind. immature passant à quelques mètres de nous dans la pirogue, poursuivant à toute vitesse des Pigeons roussards [Djeuss>N'Galam]
  • Jacana à poitrine dorée (actophilornis africanusafrican jacana), quelques ind. (cf. photos en bas de notule)
  • Oedicnème du Sénégal (burhinus senegalensisSenegal thick-knee), 1 + 1 + 1 ind. en vol du crépuscule [traversant le Djeuss bangotin]
  • Vanneau éperonné (vanellus spinosusdouble-spurred lapwing), 1 ind. en vol
  • Chevalier culblanc (tringa ochropus, green sandpiper), 2 ind. en vol passant
  • Goéland brun (larus fuscus ssp., lesser blak-backed gull ssp.), quelques ind. avec les Mouettes
  • Mouette à tête grise (larus cirrocephalus ssp. poiiocephalusgrey-headed gull), ~40 ind. groupés
  • Sterne caspienne (hydropogne caspiacaspian tern), 1 + 1 ind. en vol passant
  • Sterne hansel (gelochelidon nilotica, gull-billed tern), 1 ind. en vol passant
  • Guifette moustac (chlydonias hybridawhiskered tern), au minimum 10+ ind. pêchant ici et là plutôt en solitaires
  • Tourterelle maillée (spilopelia/streptopelia s. senegalensislaughing dove)
  • Pigeon roussard (de Guinée, columba guineaspeckled pigeon)
  • Tourterelle vineuse (streptopelia vinacea, vinaceous dove), 1 + 1 ind. en vol passant
  • Tourterelle pleureuse (streptopelia decipiens ssp. shelleyi, -Nigermourning collared-dove)
  • Engoulevent à longue queue (caprimulgus c. climacuruslong-tailed nightjar), 1 + 1 ind. dont un mâle traversant le Djeuss au crépuscule [Djeuss bangotin]
  • Martinet des palmes (cypsiurus p. parvusafrican palm swift), 2 ind. chassant en compagnie des Hirondelles de rivage [N'Galam]
  • Martin-pêcheur huppé (alcedo cristata ssp. galeritaMalachite kingfisher), 1 ind. [N'Galam]
  • Martin-pêcheur pie (ceryle rudis, pied kingfisher), 1 + 2 ind.
  • Guêpier nain (merops pusillluslittle bee-eater), quelques ind.
  • Coliou huppé (à nuque bleue, 'oiseau-souris', urocolius m. macrourusblue-naped mousebird), nombreuses bandes comprenant 5 à 7 ind. en moyenne
  • Rollier d'Abyssinie (coracias abyssinicusabyssinian roller), 1 ind. [N'Galam]
  • Hirondelle de rivage (riparia r. ripariacommon sand martin), quelques dizaines après 17h30 venant chasser [au-dessus du N'Galam]
  • Bergeronnette printanière (motacilla flava ssp., yellow wagtail ssp.), quelques ind.
  • Bergeronnette ibérique (motacilla flava ssp. iberiaespanish wagtail), 1+ ind. [N'Galam]
  • Gorgebleue à miroir (luscinia svecica ssp., bluethroat ssp.), 1 ind. traverse le chenal [entre N'Galam et Djeuss]
  • Tarier pâtre d'Afrique (saxicola torquatus ssp. moptanus, african stonechat), 1 ind. mâle [herbiers riverains du Djeuss]
  • Phragmite des joncs (acrocephalus schoenobaenussedge warbler)
  • Choucador à oreillons bleus (lamprotornis c. chalybaeusgreater blue-eared glossy-starling), 2 ind. en vol
  • Moineau doré  (passer luteusSudan golden sparrow), surtout sur la berge du Djeuss 
  • Tisserin à tête noire (ploceus melanocephalus ssp., black-headed weaver)
  • Travailleur à bec rouge (quelea queleared-billed firefinch), surtout après 18h30 sortant des casiers et chaumes rizicoles [par-dessus le Djeuss>N'Galam]

Ci-dessous, de g. à d. et de haut en bas:
Busard des roseaux, mâle - Jacana à poitrine dorée 
Crabiers chevelus - Anhinga d'Afrique à l'envol 
Le bosquet avec l'aire des Pygargues vocifères
Djeuss et N'Galam vers Sanar et le pont de Mboubeune 2017 01 25 fin d'aprem' / © Photos par Frédéric Bacuez 
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